Interview d’Antoine de Rémur, Directeur Général des Porcelaines Raynaud
"Chaque pièce, au sein d’une même collection,
possède son propre décor, sa propre respiration."
Francéclat s'engage à promouvoir la créativité, le savoir-faire et l'excellence des marques françaises d'horlogerie, de joaillerie et d'arts de la table. Ces marques doivent leur succès aux personnes qui les guident, les façonnent et les inspirent en coulisses. Afin de célébrer leur précieuse contribution, nous organisons une série d’interviews qui permettent aux dirigeants de ces marques de partager leurs points de vue.
Raynaud, un nom qui perpétue depuis plus d'un siècle la tradition de la porcelaine de Limoges à travers trois générations d'entrepreneurs. Raynaud signe une porcelaine raffinée, toujours en quête d'élégance et de générosité. Rencontre avec son Directeur Général, Antoine de Rémur.
Si vous deviez décrire les porcelaines Raynaud en trois mots ?
Le raffinement, la poésie et l’héritage.
Le raffinement, d’abord : cette quête absolue du détail juste, de la perfection. Rien n’est laissé au hasard, et surtout, rien n’est systématique. Chaque pièce, au sein d’une même collection, possède son propre décor, sa propre respiration.
La poésie, ensuite, qui constitue la signature de la maison. Elle se niche dans l’association des couleurs, dans le dialogue des formes. Raynaud, au fond, est une maison de décorateurs — trois générations se sont succédé, chacune apportant sa sensibilité.
Enfin, l’héritage. Plus qu’un mot, une colonne vertébrale. Depuis plus d’un siècle, chaque création s’inscrit dans une continuité, enrichissant une histoire et renforçant un ADN.

Qui se cache derrière la marque ? Pouvez-vous nous présenter brièvement votre équipe, vos savoir-faire ?
L’organisation est un élément clé de la réussite. Dans nos bureaux parisiens, la création, le marketing et le commerce cohabitent et travaillent en mode « projet », que ce soit sur les collections de la maison ou les projets de décors sur-mesure pour nos clients. La manufacture de Limoges regroupe quant à elle toutes les fonctions support clés de l’entreprise, et la production. La fabrication et son ordonnancement ont été récemment regroupés avec le service client sous une seule et même direction pour accroître encore la fiabilité des engagements de l’entreprise vis-à-vis de ses clients. Notre collectif est constitué de personnes venant d’univers extérieurs à l’art de la table pour apporter d’autres expertises que celles que nous maîtrisons.

Notre savoir-faire est avant tout celui de la décoration et de la création de formes. Nos équipes création mettent toute leur énergie à créer des décors uniques, intemporels, raffinés, poétiques, sans chercher à suivre des tendances qui sont plus éphémères. C’est comme cela que nous construisons dans la patience l’image de l’entreprise, son catalogue et sa plus grande désirabilité.
Et vous-même, quel est votre lien personnel avec les arts de la table ?
Il me vient de ma mère. Elle recevait beaucoup, et dressait des tables d’une élégance remarquable. Elle savait marier les matières — le linge, la porcelaine, le cristal — avec une grande justesse. Il y avait toujours des fleurs, toujours une attention portée à l’ensemble.
Elle m’a transmis le goût des belles choses. J’en ai fait un métier, qui m’a conduit du linge de table à l’orfèvrerie, puis à la porcelaine de Limoges.
Mais au-delà des objets, ce sont les gestes, les ateliers, les savoir-faire qui me fascinent. Ils sont le cœur vivant de ces maisons.
Quelles sont les créations emblématiques de la maison ?
Des collections, comme Trésor, Oskar ou Minéral, se sont imposées au fil du temps. Et bientôt, Phénix viendra enrichir cet ensemble, après un accueil très prometteur.
Le point de départ de l’imaginaire de cette collection a été le sable qui peut amener vers des plumes, du feu, des vagues créées de telle manière qu’elles évoquent un mouvement. Phénix est une collection en mouvement. Chaque pièce en porte une variation, une nuance.
Mais il serait réducteur de parler uniquement de best-sellers. La maison s’est aussi construite sur le sur-mesure. Nos clients — particuliers, institutions, grands chefs — viennent chercher une signature, une capacité à créer l’unique.


Justement, comment naît une collection comme Phénix ?
Dans l’exigence et le dialogue. Phénix est le fruit de neuf à douze mois de travail, mené de manière profondément collégiale.
Créatifs, direction artistique, designer, équipes marketing : tous contribuent, échangent, affinent.
Chaque pièce est pensée individuellement, dessinée avec précision, jusqu’à trouver son équilibre au sein de la collection.
Puis vient le temps des ajustements : la justesse d’un trait, l’intensité d’un or, la vibration d’une matière. Tout est retravaillé avec minutie, jusqu’à atteindre une forme d’intemporalité.
Où peut-on retrouver vos produits aujourd’hui ?
La Maison Raynaud a une boutique au 39 rue des Mathurins dans le 8e arrondissement de Paris, ainsi qu’un magasin à la manufacture à Limoges (4 Allée Andrée Salomon 87280 Limoges). Les collections Raynaud sont également présentées au sein de notre showroom parisien rue de l’Arcade et en vente sur www.raynaud.fr. Enfin, de nombreux revendeurs à Paris et en Europe nous accompagnent depuis de nombreuses années.
Comment la maison Raynaud aborde le développement à l’international ? Quels sont les marchés stratégiques pour la maison aujourd’hui et demain ?
La maison Raynaud est une entreprise dont les activités sont tournées à 80% à l’international. Il n’est pas un marché plus important qu’un autre, aussi nous envisageons une croissance la plus homogène possible sur chacun d’entre eux, avec une ouverture espérée de l’Amérique du Sud au travers de la signature du traité du Mercosur. Si deux enjeux devaient être mentionnés, ils consisteraient à renforcer la visibilité de notre marque avec de nouveaux partenaires au Moyen-Orient et dans les pays de l’Est.

Quels sont les grands enjeux pour demain ?
Ils sont d’abord humains. Une maison ne tient que par celles et ceux qui la font vivre. La transmission des savoir-faire, mais aussi des savoir-être, est essentielle.
Ensuite, la création. Car si les hommes passent, les œuvres demeurent. Elles constituent la mémoire et la force de la maison.
Enfin, il y a une responsabilité contemporaine : inscrire un savoir-faire séculaire dans des exigences environnementales fortes. Cela passe notamment par la construction d’une nouvelle manufacture, pensée selon les standards les plus élevés.
Et votre ambition ?
Rendre la maison, chaque jour, un peu plus exceptionnelle.
Et surtout, continuer à la rendre désirable — pour ceux qui la font vivre comme pour ceux qui la choisissent, partout dans le monde.
