Interview de Marie Berthelon, Co-fondatrice & PDG de Rouvenat
"La contrainte devient source de créativité et de sens"
Francéclat s'engage à promouvoir la créativité, le savoir-faire et l'excellence des marques françaises d'horlogerie, de joaillerie et d'arts de la table. Ces marques doivent leur succès aux personnes qui les guident, les façonnent et les inspirent en coulisses. Afin de célébrer leur précieuse contribution, nous organisons une série d’interviews qui permettent aux dirigeants de ces marques de partager leurs points de vue.
Joaillier parisien du XIXe siècle tombé dans l'oubli, Rouvenat renaît en 2022 avec une conviction : le luxe peut faire autrement. Maison de joaillerie circulaire qui travaille exclusivement avec de l'or recyclé et des pierres vintage, et entend transformer durablement les pratiques du secteur. Rencontre avec sa cofondatrice et PDG, Marie Berthelon.
Comment est née l'idée de cofonder Rouvenat ?
La renaissance de Rouvenat est avant tout une histoire de redécouverte. En retrouvant les archives de Léon Rouvenat, près de 3 000 gouaches historiques, j’ai été frappée par la modernité et la richesse de ce patrimoine oublié. Cette découverte a été le point de départ de la relance de la Maison en 2022, avec trois associés.
Y a-t-il une histoire personnelle qui a influencé votre parcours ?
Après plus de 20 ans chez Hermès, Cartier et De Beers, où j'ai occupé des postes de direction et contribué à des initiatives durables, dont la construction de la première blockchain de traçabilité chez De Beers, j'ai progressivement questionné les modèles traditionnels du luxe. Ces grandes maisons m'ont tout appris, mais elles m'ont aussi confrontée à leurs limites en matière de responsabilité. C'est ce cheminement qui m'a conduite à cofonder Rouvenat : redonner vie à un joaillier oublié du XIXe siècle, en travaillant exclusivement avec de l'or recyclé et des pierres vintage.

Qu'est-ce qui différencie Rouvenat sur le marché aujourd'hui ?
Notre singularité repose d'abord sur la volonté de faire revivre un patrimoine oublié, en redonnant vie à l'héritage de Léon Rouvenat et en l'inscrivant dans une vision résolument contemporaine. Nous sommes également la première Maison de joaillerie circulaire, avec une approche globale qui repense l'ensemble de la chaîne de valeur. Mais au-delà de nos propres créations, nous contribuons à structurer un écosystème en construisant la première véritable filière autour des pierres et diamants anciens, afin de remettre en circulation des ressources déjà existantes plutôt que d'en extraire de nouvelles.
Comment cette démarche se traduit-elle concrètement sur le plan RSE ?
Tout commence par les matériaux : nous travaillons exclusivement avec de l'or et de l'argent recyclés, des pierres anciennes, et des écrins customisés par des artistes et artisans engagés. Mais la circularité va plus loin que les matériaux. Chaque bijou est accompagné d'un certificat d'authenticité digital enregistré dans notre blockchain, qui le suivra dans ses vies futures pour en garantir l'authenticité, mais aussi la valeur.
Nous sommes également l'un des premiers joailliers à avoir rejoint la Communauté des Entreprises à Mission. C'est un engagement structurel, inscrit dans nos statuts, qui nous engage à transformer durablement les pratiques de la filière.
Quels sont vos produits phares ?
Notre collection phare, Unlock, s'inspire du poinçon d'époque de Léon Rouvenat : une serrure qui évoque aussi l'ouverture d'esprit, valeur fondatrice de la Maison. Vient ensuite Frame, qui puise son inspiration dans les portraits des êtres aimés que l'on réalisait à l'époque, pour mettre aujourd'hui en lumière de véritables portraits de pierres. Enfin, Tag propose un design sobre et épuré autour d'un jeton qui met en valeur une sélection de pierres particulièrement appréciée de notre clientèle internationale.



Quelles tendances observez-vous ?
Nous observons une évolution très nette vers un luxe plus engagé, avec une attention croissante portée à la traçabilité, à la durabilité et à l’impact des produits. Mais au-delà de ces enjeux, la joaillerie devient aussi beaucoup plus expérientielle et personnelle : les clients recherchent des pièces uniques, personnalisables, qui racontent une histoire et auxquelles ils peuvent participer.
Où peut-on découvrir vos collections ?
Le 416 rue Saint-Honoré à Paris est notre flagship et nous venons d'ouvrir notre deuxième boutique en propre à Séoul. Nous sommes également présents en ligne, lors d'événements et via des partenaires internationaux.

Comment abordez-vous l’international ?
Nous privilégions une approche progressive et très terrain. Nous commençons par tester nos marchés à travers des formats expérientiels, notamment des trunk shows, qui nous permettent de rencontrer directement nos clients, de comprendre leurs attentes et d’ajuster notre offre. Une fois cette phase d’apprentissage réalisée, nous identifions et construisons des partenariats wholesale avec des acteurs locaux en parfaite adéquation avec notre positionnement.
Les États-Unis sont aujourd'hui notre priorité, car c'est un marché particulièrement réceptif, avec une place importante donnée au diamant et une sensibilité forte à notre approche créative et singulière. Nous développons ensuite le Moyen-Orient et l'Europe, en nous concentrant sur des villes où notre modèle trouve une résonance naturelle, comme Londres ou Genève.
C'est d'ailleurs à Londres, lors de la Fashion Week de février, que nous avons collaboré avec Patrick McDowell, dont l'approche circulaire est en résonance avec nos valeurs, une collaboration qui va se poursuivre dans différentes villes sous différentes formes.
Quels sont vos objectifs et votre ambition pour la Maison ?
Nos priorités sont claires : accélérer l'international, structurer la filière et renforcer la notoriété. À plus long terme, notre ambition est de faire de Rouvenat une référence mondiale de la joaillerie circulaire, et d'adresser un message à l'ensemble du secteur : réinventer les ressources pour un luxe plus responsable et créatif.
